Les différents établissements pénitentiaires

Il existe en France différents types d'établissements pénitentiaires dans lesquels les détenus sont répartis en fonction de leur situation pénale. Les établissements les plus nombreux, les Maisons d'Arrêt, n'accueillent par exemple que des détenus en attente de jugement, les condamnés à des courtes peines (moins de 2 ans) et ceux ayant de courts reliquats de peine à purger.

Mais au-delà des différences selon le type d'établissement, de grandes différences existent entre les prisons françaises : certaines sont très anciennes et vétustes, construites dans des châteaux ou d'anciens couvents, produisant des conditions de détention très dégradées. D'autres ont été construites très récemment et appliquent les nouvelles normes en vigueur. Certaines prisons sont bien intégrées au tissu urbain et accessibles en transport pour les proches et la famille. D'autres sont situées en périphérie des ensembles urbains et bien moins accessibles à d'éventuels visiteurs.

Les prisons évoluent aussi au cours des décennies, et se dégradent souvent. Alors que Fleury-Mérogis est aujourd'hui l'une des prisons les plus problématiques en France, l'Express lui consacrait par exemple un article laudateur à son ouverture en 1968.

Peines de prison et type d'établissement pénitentiaire

Les Maisons d'Arrêt

Les maisons d'arrêt sont prévues pour recevoir les personnes en détention provisoire, c'est-à-dire non encore condamnées et présumées innocentes. Ces dernières ne figurent donc pas sur le graphique présenté. Les maisons d'arrêt peuvent également recevoir des personnes dont la peine ou le reliquat de peine n'excède pas deux ans. Le graphique ci-dessous montre effectivement que la plupart des condamnés incarcérés en maison d'arrêt le sont pour des peines inférieures à un an.

Maison d'Arrêt de Lyon-Corbas

Les Centres de détention

Un centre de détention est un établissement pour peines, qui reçoit les détenus condamnés en général à plus de deux ans de prison mais qui présentent les perspectives de réinsertion sociale les meilleures.




Centre de détention de Melun

Les maisons centrales

Une maison centrale est un établissement pour peine qui reçoit les détenus les plus lourdement condamnés. Le régime de détention se concentre sur la sécurité. Le graphique ci-dessous montre en effet que l'écrasante majorité des détenus incarcérés en maison centrale ont été condamnés à des peines supérieures à trois ans de prison. Certaines détenus incarcérés en maison centrale le sont pour des peines moindres : il s'agit souvent de détenus particulièrement signalés, nécessitant une sécurité accrue ou ayant déjà tenté de s'évader par exemple.


Mirador de la Maison Centrale de Poissy

Les centres pénitentiaires

Un centre pénitentiaire est un établissement pour peine, qui rassemble au moins deux quartiers pénitentiaires différents : par exemple une maison d'arrêt, un centre de détention et une maison centrale. Le graphique ci-dessous montre bien que la répartition des peines de prison est équilibrée chez les détenus incarcérés en centre pénitentiaire.



Centre pénitentiaire de Riom

centre de semi liberté de Corbeil-Essonnes

Les centres de semi liberté

Les centres de semi-liberté reçoivent des détenus au régime de la semi liberté ou du placement extérieur. Ils peuvent ainsi quitter l'établissement pénitentiaire dans la journée, pour des activités ayant pour objectif une réinsertion (travail, formation) et dorment au sein de l'établissement pénitentiaire.

Les établissements pénitentiaires pour mineurs

Les établissements pour mineurs accueillent des détenus n'ayant pas encore atteint l'âge de dix-huit ans.

Etablissement pénitentiaire pour mineurs de Porcheville

Unité Hospitalière de Marseille

Les unités hospitalières

Il existe deux types d'unités hospitalières : les unités hospitalières spécialement aménagées, qui reçoivent les hospitalisations psychiatriques (UHSA) et les unités hospitalières sécurisées interrégionales pour des hospitalisations programmées dont la durée dépasse les 48h (UHSI).

De quand datent les établissements pénitentiaires en France ?


De quand datent les prisons françaises ? La carte de gauche présente les dates de constructions (ou de conversion du bâtiment d'origine en prison) des établissements pénitentiaires français, pour la France métropolitaine. Les prisons les plus anciennes qui accueillent encore des détenus aujourd'hui datent d'avant le XIXème siècle. La maison d'arrêt de Gap date par exemple de 1790.

La date de construction d'un établissement n'est pas anodine pour cerner les disparités pouvant exister dans les prisons françaises. Une prison construite au XIXème siècle ou avant est souvent, de fait, plus frappée par des enjeux de vétusté. C'est le cas de la maison d'arrêt de Colmar, aménagée en prison en 1791 dans un bâtiment datant du XIVème siècle. La construction ne permet pas de séparer les détenus, en fonction de leur peine, ou encore de les isoler par mesure de sécurité. L'établissement, frappé par des soucis de surpopulation et de manque d'hygiène, ferme ses portes en 2021.

Une date ancienne de construction (ou d'aménagement du bâtiment) a néanmoins souvent un avantage en termes de localisation : les vieux établissements pénitentiaires sont souvent construits proches des centres villes, voire même adjacents aux tribunaux. L'accès à l'établissement pour les visiteurs est donc facilité. Les prisons datant du XXème ou du XXIème siècle sont souvent construites à l'écart du centre-ville, en marge sociale et géographique de la commune la plus proche. Enfin, une prison ancienne accueille souvent un nombre de détenus réduit, ce qui peut constituer un avantage vis-à-vis des nouveaux centres pénitentiaires très grands et parfois très automatisés et déshumanisants.

La prison de la Santé, à Paris, date de 1967. Elle présentait l'avantage important de se retrouver dans le centre ville de Paris, mais l'inconvénient de la vétusté. Elle a été fermée pendant quatre ans pour rénovation avant de réouvrir ses portes en janvier 2019.

Le centre pénitentiaire de Mont-de-Marsan a été inauguré en 2009 dans le cadre de la modernisation des établissements pénitentiaires. Il a été construit en périphérie de la ville.

Année de construction et types d'établissement pénitentiaire

En divisant la carte des prisons en France selon leur année de construction par type d'établissement pénitentiaire, on remarque la prédominance de prisons anciennes (c'est-à-dire construites ou aménagées en prison au 19ème siècle) au sein des maisons d'arrêt. À titre d'exemple, la carte des centres pénitentiaires (la deuxième catégorie la plus importante en nombre d'établissements) se trouve à droite : seuls cinq établissements datent du 19ème siècle.

Distance et isolement

Chaque détenu est incarcéré dans l'établissement pénitentiaire choisi par le juge des libertés et de la détention (s'il s'agit de détention provisoire) ou par le juge d'application des peines (s'il s'agit de détention suite à une condamnation). Le choix de l'établissement pénitentiaire répond à plusieurs contraintes : le nombre de places disponibles, la nature de la détention et la longueur de la peine, les éventuelles dispositions pour que l'individu soit incarcéré loin du lieu de l'infraction, etc.. En conséquence, un détenu peut être incarcéré loin de sa famille. C'est particulièrement le cas des femmes, qui représentent une infime partie de la population carcérale, et qui sont réparties dans les rares maisons d'arrêt pour femmes, potentiellement loin de leur département d'origine.


La carte ci-contre récapitule la distance et le temps nécessaires pour atteindre différents établissements pénitentiaires du département depuis la préfecture des Bouches du Rhône, Marseille. Le temps de voyage a été calculé en transport en commun, puisqu'on ne peut pas faire l'hypothèse que les familles et les proches de détenus disposent tous de voiture pour se rendre dans un établissement pénitentiaire. L'établissement le moins enclavé, le centre pénitentiaire des Baumettes, est accessible en métro et bus au sein même de la ville de Marseille. Le centre pénitentiaire d'Aix-Luynes, et à fortiori le centre de détention de Salon de Provence sont eux plus éloignés de la préfecture. Ils sont accessibles par métro, puis par car (deux changements de car à effectuer). Enfin, le centre de détention de Tarascon est accessible par métro, puis par TER et enfin par car. La durée de trajet, ainsi que son prix peuvent être démotivantes pour les familles désireuses de rendre visite aux détenus.



Le constat est le même pour le département du Pas-de-Calais, avec des disparités en termes de distance peut-être encore plus renforcées. La maison d'arrêt d'Arras est située à proximité immédiate du tribunal, en plein cœur du centre ville. Il en est différemment pour pour le centre de détention de Bapaume, ou le centre pénitentiaire de Longuenesse. Pour des familles de détenus résidant à Arras, ces établissements ne sont accessibles qu'en TER puis en bus, et impliquent de payer des sommes allant jusqu'à une vingtaine d'euros.


L'Île-de-France présente l'avantage d'être sensiblement mieux desservie en transport en commun que le reste du pays. Ci-contre est présentée la distance à effectuer entre la préfecture de Paris et différents établissements de la région (et non plus du département, comme c'était le cas pour les deux cartes précédentes). L'ensemble des trajets sont disponibles en transport en commun, sans train TER. Aucun d'entre eux n'excède deux heures, même pour des trajets interdépartementaux. L'avantage de l'accessibilité en transports en commun doit être relativisé par la surpopulation très présentes dans les prisons d'Île-De-France. Ainsi, de nombreux détenus originaires de la région se voient écroués ailleurs en France, faute de place. La distance avec la famille s'accroit en conséquence.

Il existe un grand nombre de travaux de recherche au niveau international sur les liens entre conditions de détention et récidive. Ces travaux économétriques montrent de manière quasi-systématique que des conditions de détention plus dures produisent, toutes choses égales par ailleurs, plus de récidive que les établissements plus respectueux des droits et de la dignité des détenus. La littérature scientifique montre également que le réseau de codétenus impacte les comportements individuels de récidive.

Pour aller plus loin

  • Le rapport du Sénat datant de 2000 marque une étape importante dans l'étude et la dénonciation des conditions de détention dans les établissements pénitentiaires en France. Il consacre plusieurs pages à la vétusté des bâtiments.

Article de Libération "Nouvelles prisons : ultramoderne solitude" https://www.liberation.fr/societe/2010/02/16/nouvelles-prisons-ultramoderne-solitude_610271/

  • Article revenant sur les nouveaux établissements pénitentiaires et sur l'aspect déshumanisant du trop grand nombre de détenus.

Question et réponse relatives à la Situation des maisons d'arrêt de Colmar et de Mulhouse dans le Haut-Rhin. Sénat, 2008.

Combessie, P. Prisons des villes et des campagnes. Etude d'écologie sociale, Paris, les Editions de l'Atelier, 240p.


Milhaud, O. (2009) "Séparer et punir. Les prisons françaises : mise à distance et punition par l'espace (Thèse, Université Michel de Montaigne-Bordeaux III)

L'auteur travaille sur la mise en distance des détenus et souligne que, même lorsque la distance géographique est courte entre le lieu de résidence et la prison, la distance sociale et la fracture symbolique demeurent très importantes pour le détenu et sa famille.

A l'étranger

Gaes et Camp : "Unintended consequences : Experimental evidence for the criminogenic effect of prison security level placement on post release recidivism" Journal of Experimental Criminology 5, 2009, pp 139-162

les auteurs reviennent sur l'habituelle répartition des délinquants dans les prisons sécurisés en fonction de leur niveau de risque, aux Etats-Unis. Ils démontrent que le placement d'un déliquant dans une prison de haute sécurité augmente sa probabilité de récidive par rapport au placement d'un déliquant de même niveau de risque dans une prison à plus faible sécurité.

Chen MK and Shapiro JM "Do harsher prison conditions reduce recidivism ? A discontinuity-based approach" American Law and Economics Review (2007) pp 1-29

les auteurs travaillent sur les prisons américaines. Leurs résultats font apparaitre que le fait d'enfermer des délinquants au sein de prison de hautes sécurité ne réduit pas le risque de récidive post libération par rapport au fait de les incarcérer au sein de prisons moins sécurisées.

Bedard et Helland (2004) "The location of women’s prisons and the deterrence effect of "harder" time." International Review of Law and Economics 24 (2), 147–167

Les auteurs explorent l'effet dissuasif de la distance entre la prison et le lieu de résidence pour les femmes aux Etats-Unis. Une distance accrue entre le domicile et la prison diminuerait la criminalité violente des femmes.

Weber (2020) "The big house far from home : Spatial Distance and Criminal Recidivism"

L'auteur étudie l'effet de la distance sur la probabilité de récidive aux Etats-Unis. L'augmentation de la distance réduirait la probabilité de récidive car elle permettrait d'éloigner le détenu de la sphère de criminalité dans laquelle il évoluait.